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Notre Historique
Linéaire b. L’objet ethnique en déclinaison noire. Art tribal, design, calligraphie, cosmétiques naturels. Le nom que j’ai choisi de donner à la boutique abritant des produits aussi différents en apparence n’est pas le fruit au hasard. Il fait référence à ma formation de linguiste et à l’intérêt que j’ai toujours porté à l’expression la plus primitive du langage oral ou écrit et à toutes ses formes de témoignages. Il me tenait à coeur de créer un lieu qui puisse témoigner, à sa manière, de mon intérêt pour ces différents domaines et décrire mon parcours personnel.
le linéaire B
Le linéaire B est une écriture syllabique archaïque (15e - 12 siècle avant JC) de la langue grecque découverte dans l'île de Crête, constituée d'idéogrammes (90 signes) représentant des hommes, des animaux, des objets, des produits et des signes numériques, dont l'aspect est typiquement grec, mais qui emprunte aussi aux langues sémitiques. La principale différence existant entre le linéaire B et les écritures crétoises se trouve au niveau de l'exécution des signes. Les signes du linéaire B semblent plus évolués, utilisant beaucoup plus les formes courbes, et leur exécution se veut plus méticuleuse. Cette forme d’écriture, conçue pour rédiger non seulement des pièces comptables mais aussi des documents diplomatiques et de la littérature, est beaucoup plus cursive, détaillée et esthétique que le linéaire A lui ayant précédé. C’est cet aspect cursif du linéaire B qui tend à démontrer qu’il n'a pas été créé expressément pour écrire du grec, mais pour écrire sur d'autres supports que ceux utilisés à l’époque, à savoir l’argile, dont le principal avantage résidait dans le fait de pouvoir être réutilisé, les tablettes pouvant être réduites en poudre, humidifiées et remodelées maintes fois. Hélas, les nouveaux supports succédant à l’argile n'ont pas survécu à l'épreuve du temps et n’ont pu être conservés. L'explication la plus concluante à cette disparition est que ces documents avaient été écrits sur des supports tels que le bois, le cuir, le papyrus. Nous savons que les pièces comptables n'ont pas une grande résistance à l'action du temps. Il est donc vraisemblable que les textes destinés à une plus grande durée d’existence aient été écrits sur des matériaux qui, pour un scribe mycénien, pouvaient sembler beaucoup plus robustes, comme le bois ou le cuir. Or, ce furent les tablettes en argile du monde égéen qui nous parvinrent, ceci en raison des flammes qui détruisirent les palais crétois et mycéniens, cuisant et solidifiant ainsi les tablettes d’argile, mais détruisant les documents en bois ou en cuir, qui précisément étaient voués à perdurer.
linéaire b, calligraphie et art tribal
Quant à l’écriture elle-même, c’est peut-être en étudiant l'hypothèse d'un support à l’écriture différent de l’argile que l'on peut expliquer l'aspect cursif du linéaire B. Certes il existait déjà à l'époque du linéaire A des inscriptions peintes à l'encre à l'aide d'un pinceau ou d'une plume. Et nous savons que l'écriture peinte possède un aspect naturellement plus délié qu'une écriture incisée comme celle utilisée pour les tablettes comptables. Mais c’est avec l’apparition du linéaire B que l’on dénombre beaucoup d'exemples d'inscriptions peintes, essentiellement sur de la poterie, et que l'on retrouve à la fois sur le continent grec et en Crète. Les différences externes que présente le linéaire B par rapport aux autres écritures linéaires ne semblent donc pas provenir du besoin d'appliquer une écriture linéaire à la langue grecque, mais s'explique par la nécessité d’utiliser un support différent de celui principalement utilisé à l'époque minoenne, l’argile.
Même si la similitude que l’on peut percevoir entre une ligne de bijoux ethniques, une gamme de cosmétiques naturels et des textes arabes calligraphiés ne reste que purement visuelle, j’ai aimé imaginer un fil conducteur entre l’écriture déliée du linéaire b, proche en cela de la calligraphie, des syllabogrammes évoquant singulièrement les motifs tribaux que l’on retrouve sur nombre de bijoux berbères et tatouages décoratifs au henné, et enfin des matériaux qui servirent de supports à l’expression d’un graphisme primitif et que linéaire b décline dans tous les tons issus de la terre brute.
syllabogrammes du linéaire B

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